| 5-6-2004 |
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«Je me bats pour
sauver le refuge de l'Aigle! » |
| propos
recueillis par Fabien Fournier |
Jean Berriot, instituteur à la
retraite
«Le Club alpin français veut démolir
le vieux refuge de l'Aigle et le remplacer par une construction
moderne plus grande. Pour protester contre ce projet, malgré mes
68 ans, j'ai observé une grève de la faim de
huit jours. Il faut réparer le refuge et non le changer!
C'est un témoin du passé. Il a été construit
en 1910 sur un éperon rocheux, à 3 450 mètres
d'altitude. A l'époque, les matériaux avaient été acheminés à dos
d'homme, après une course difficile de six heures.
C'est le dernier vieux refuge des Alpes françaises
de haute montagne à disposer d'un gardien l'été et à garder
sa porte ouverte l'hiver. Au cours de son histoire, il a
sauvé la vie d'alpinistes qui entreprenaient l'ascension
de la Meije. Lorsqu'une tempête se déclenche
sur son arête, il n'existe aucune échappatoire.
Il n'y a pas, comme au mont Blanc, la possibilité de
creuser un trou dans la neige et d'attendre que le mauvais
temps passe. C'est une montagne redoutable, où tous
les ans des gens trouvent la mort. C'est d'ailleurs le dernier
sommet des Alpes à avoir été vaincu,
en 1877, par Pierre Gaspard. Ce refuge est un endroit béni.
Il est simple, rationnel et chaleureux, rustique et austère.
Il doit rester en symbiose avec son environnement. Seuls
des alpinistes aguerris peuvent l'atteindre. Ceux-là n'ont
pas besoin d'un grand confort, mais d'un endroit où dormir
en sécurité. J'y ai passé une quinzaine
de nuits, accompagnant des courses. Mes meilleurs souvenirs
sont les couchers de soleil. La face nord de la Meije, éclairée,
prend une couleur rose-ocre. Le spectacle est aussi magnifique
par temps d'orage, l'été: des éclairs
silencieux déchirent le ciel vers le Chaberton, en
direction de l'Italie, et les crêtes s'illuminent d'un
halo bleu-vert. Après une grève de la faim
de huit jours, mon organisme est à bout de forces.
J'ai accepté d'interrompre mon action à la
suite d'une rencontre avec le vice-président du conseil
régional, qui m'a promis d'engager des discussions
avec le Club alpin français. Mais je la reprendrai
si le projet est maintenu.
Aujourd'hui, l'Aigle peut accueillir 20 personnes. Le Club
alpin français veut accroître sa capacité à 30
places, en portant sa surface de 30 à 93 m2 et son
poids de 5 à 55 tonnes. Il veut mener une opération
de prestige. Pour que son activité soit rentable,
le refuge va devoir augmenter le prix des nuitées.
Pourquoi faudrait-il réserver la montagne à ceux
qui ont de l'argent?»
Email: info@moun.com |