| 7-12-2004 |
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François Hollande,
premier secrétaire du PS : "Nous vivons
un règne, mais il est déjà sur
sa fin. Cela le rend plus absolu encore"
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Pour le dirigeant du PS, "M. Chirac a retrouvé depuis
2002 la pratique monarchique de la Ve République".
Le texte de cet entretien a été relu et amendé par
M. Hollande
Avec la nomination annoncée de Philippe Seguin à la
présidence de la Cour des comptes, le président
de la République nomme un proche de plus à la
tête d'une institution de l'Etat.
Comment réagissez-vous ?
Jacques Chirac a retrouvé depuis 2002 la pratique
monarchique de la Ve République mais sans le principe
de responsabilité si cher à de Gaulle et avec
tous les comportements liés à un règne
finissant.
Il y a d'abord le recyclage des anciens ministres qui fait
de M. Delevoye un médiateur de la République
le jour même de son éviction du gouvernement
et de M. Ferry un président d'un comité de
plus dont le gouvernement prétendait, il y a peu,
faire la chasse. Mais le plus choquant est à venir,
avec l'adoption, au Sénat, d'une disposition de circonstance
permettant de relever la limite d'âge de la présidence
des entreprises publiques. Le premier ministre est bien aujourd'hui
le seul à prétendre que cette loi de circonstance
n'est pas faite pour Francis Mer.
La monarchie c'est aussi de récompenser d'anciens
dignitaires du RPR, Yves Guéna à l'Institut
du monde arabe, Jacques Toubon, nous dit-on, pour le futur
musée de l'immigration et Philippe Seguin à la
présidence de la Cour des Comptes. Je n'oublie pas
le Conseil constitutionnel et le CSA entièrement contrôlés
par des proches du président. Nous vivons donc un
règne, mais il est déjà sur sa fin.
Cela le rend plus absolu encore.
Ressentez-vous ces nominations comme une fin ?
Oui, tous les comportements attestent d'une forme d'indifférence à l'égard
de l'expression de la démocratie et du pluralisme
: obstination à maintenir le premier ministre malgré son
impopularité record ; protection des proches dans
la gestion de l'affaire Juppé ; méfiance à l'égard
du prétendant, le ministre d'Etat qu'il a lui-même
choisi ; et enfin nomination des fidèles à tous
les postes. L'idée est bien celle de la protection
personnelle et de l'irresponsabilité collective.
En d'autres temps, la gauche n'avait-elle pas cédé à cette
pratique de nominations ?
Il est courant que chaque alternance soit suivie de changements
dans l'appareil d'Etat mais le phénomène a
pris une tournure différente car il est devenu général.
Un président élu au premier tour avec moins
de 20 % des suffrages contrôle 100 % des responsabilités
relevant peu ou prou de l'Etat. Il n'y a aucun partage en
fonction des compétences, aucun contre-pouvoir indépendant,
aucune nomination de personnes proches de l'opposition. Et
cet Etat UMP trouve maintenant sa prolongation dans la presse...
Les mouvements autour du groupe Socpresse vous inquiètent-ils
?
Oui. L'accession de Serge Dassault à la tête
de la Socpresse est la confirmation du lien entre une entreprise étroitement
dépendante des commandes de l'Etat et un groupe de
presse dont l'influence, notamment dans la presse régionale,
est considérable. Dois-je rappeler que M. Dassault
est, par ailleurs, élu UMP et candidat aux élections
sénatoriales pour ce parti selon une tradition familiale
qui se poursuit puisque son fils est aussi député UMP
? Ce n'est pas simplement une question qui intéresse
les journalistes de ce groupe. Elle devrait être posée
au président de la République lui-même
car elle justifie sans doute de nouvelles règles sur
la concentration des entreprises de presse et de communication,
et une plus claire relation entre l'Etat et les entreprises
vivant de ses commandes et disposant d'un pouvoir dans la
sphère médiatique.
Que vous inspire la réforme des 35 heures proposée
par Nicolas Sarkozy ?
J'y vois une volonté de revanche politique. Je devine
une intention d'utiliser les 35 heures à des fins
de compétition interne au sein de la majorité et
j'aperçois l'avantage déjà offert au
Medef puisqu'il s'agirait d'abaisser le taux majoré des
heures supplémentaires pour les salariés et
d'accorder de nouvelles exonérations de charges pour
les employeurs.
Le 14 juillet, vous espérez que M. Chirac précise
ses intentions sur la Constitution européenne ?
J'attends qu'il précise le calendrier et le mode
de ratification, car il est important que les Français
soient consultés et que les grandes familles politiques
soient éclairées sur les conditions du débat.
Alors que le président de la République vient
d'appeler au sursaut des Français contre l'antisémitisme,
une femme a été victime d'une terrible agression.
Que proposez-vous ?
La parole du chef de l'Etat pour lutter contre le racisme
et l'antisémitisme est nécessaire et le sursaut
auquel il a appelé est encore plus indispensable après
cette agression odieuse. Mais les discours ne suffisent plus.
Il faut une politique sévère contre les auteurs
et les promoteurs de la haine. Il faut aussi une politique
d'éducation à l'école et, enfin, agir
sur le terreau sur lequel prospère la violence avec
une politique effective contre les ghettos et les discriminations.
En ces circonstances douloureuses pour notre pays, je m'honore
de voir l'opposition adopter une attitude consensuelle. J'imagine
ce qu'aurait été le discours de certains à droite,
et au plus haut niveau, si des faits de cette nature s'étaient
produits lorsque la gauche était au pouvoir. N'auraient-ils
pas parlé de l'urgence de restaurer l'autorité de
l'Etat ?
Propos recueillis par Isabelle Mandraud
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.07.04
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