| 11-15-2002 |
|
 |
 |
Crise
politique
|
| par
Christine Renaudat |
Le crépuscule de Chavez
A Caracas, les manifestations contre le pouvoir se multiplient,
et le président ne dispose plus que de 30% d'opinions
favorables. Combien de temps tiendra-t-il?
«Chavez doit partir maintenant.» Tous paraissent
d'accord. Dans le hall luxueux de l'hôtel Intercontinental
de Caracas, des membres de la Coordinadora Democratica, qui
regroupe la grande majorité des opposants au président
vénézuélien, Hugo Chavez, tiennent salon.
Quelques patrons, deux ou trois anciennes gloires politiques
discutent poliment coup d'Etat, au milieu de touristes américains
et d'hommes d'affaires en transit. Tous ne souhaitent pas
un soulèvement militaire, qui «provoquerait beaucoup
de morts et une très forte réaction internationale»
… Mais le ton est donné: l'opposition vénézuélienne
veut la tête de Hugo Chavez, et vite.
Avec ses grèves et ses concerts de casseroles, l'est
prospère de Caracas exige le départ immédiat
de Chavez
A quelques kilomètres de là, «Juan»,
membre de Carapaica, montre le revolver accroché à
sa ceinture. Le groupuscule d'extrême gauche, créé
en août dernier dans un quartier populaire de la capitale,
prône la lutte armée contre les «putschistes».
Derrière des lunettes noires, qu'il gardera pendant
toute l'interview, Juan explique: «C'est avec ça
que nous défendrons le président si l'opposition
tente un coup d'Etat, comme le 11 avril.» Le 11 avril,
symbole de la division du Venezuela autour du dirigeant le
plus aimé et le plus haï d'Amérique latine.
Ce jour-là, alors que 500 000 opposants manifestent
dans Caracas, une fusillade confuse provoque la mort de 17
personnes. Des événements qui précipitent
la chute du président, remplacé pendant quarante-huit
heures par le patron des patrons, Pedro Carmona, avant d'être
restauré sous les acclamations de ses sympathisants.
Sept mois après le putsch, la situation reste confuse.
Les rumeurs d'un soulèvement militaire n'ont pas cessé
et l'opposition campe dans les rues de Caracas, malgré
la médiation menée par l'Organisation des Etats
américains (OEA) ces dernières semaines.
«Le pays court à la ruine»
Premiers ennemis de Chavez: les entrepreneurs, qui n'ont
jamais aimé l' «élu des pauvres».
Carlos Fernandez, dirigeant de la fédération
patronale Fedecamaras, aligne les chiffres: «Le PIB
a chuté de 7% depuis le début de l'année
et le chômage a augmenté. Avec ce castro-communiste,
le pays court à la ruine», affirme-t-il. Fedecamaras
reproche à Chavez l'adoption d'un paquet de lois antilibérales
en 2001, dont une redistribution des terres au profit des
petits agriculteurs. Depuis sa mise en place, les capitaux
fuient le pays et des «sans-terre» vénézuéliens
ont été assassinés par des paramilitaires.
Lutte des patrons contre le petit peuple? La fracture paraît
aller bien au-delà. La cote de popularité de
Chavez, qui frisait les 80% au début de son mandat,
ne dépasserait pas 30%. Les discours agressifs de l'ancien
lieutenant-colonel, chantre de la révolution sociale,
et ses pirouettes face à une crise politique pourtant
grave lui ont aliéné un peu plus la classe moyenne
de Caracas. Les chaînes de télévision
privées, qui détestent le militaire métis
issu des classes populaires, alimentent le ressentiment.
Tous les arguments sont bons pour discréditer Chavez:
sur les écrans de Globovision, un présentateur
accuse le président d'avoir battu sa femme. «C'est
lui qui nous a poussés à assumer ce rôle
d'opposants, par ses attaques constantes», insiste Norberto
Maza, journaliste vedette de la chaîne. Symbole de cette
radicalisation, des petits groupes pro-Chavez ont agressé
à plusieurs reprises les équipes des grandes
chaînes et Maza ne se déplace plus sans son Beretta
et son gilet pare-balles.
Des attaques dénoncées par les associations
de défense de la presse, mais souvent «exagérées»,
selon Thierry Deronne, un Belge qui dirige depuis plusieurs
années une télévision associative près
de Caracas. Les 12 et 13 avril, pendant le putsch, il filmait
les manifestations des classes populaires, qui allaient finalement
remettre «leur président» au pouvoir. «Chavez
est soutenu par les plus pauvres. Ils l'ont élu en
1998 et en 2000, l'opposition n'a qu'à attendre de
nouvelles élections», explique-t-il.
Un référendum pourrait être organisé
avant 2006, date de la fin du mandat du président,
si 2 millions de signatures sont réunies. Mais les
plus radicaux ne sont pas prêts à attendre les
délais constitutionnels. Avec ses grèves et
ses concerts de casseroles, l'est prospère de Caracas
exige le départ immédiat de Chavez. Dans le
centre-ville, sur le pont Llaguno, près duquel des
manifestants des deux bords sont tombés le 11 avril,
une croix aux couleurs du pays rend hommage aux «victimes
de la révolution». Un petit groupe de chavistes
y campe en permanence, «prêt à répondre
à la violence par la violence».
Email:
info@moun.com |