| 12-6-2002 |
|
Mildred Trouillot Aristide
a.k.a. "Mille Douettes"
|
 |
La
fille du peuple de Jean Bertrand Aristide
La question de couleur est dépassée
|
| Par
Jean Érich René |
Dans
un monde où les frontières entre nations tendent
à disparaitre afin de faciliter le libre échange
des biens et des services, il est malséant de soulever
la question de couleur. En Haiti ce problème a souvent
servi de tremplin à certains acteurs en quête
de leadership. Le conflit noir mulâtre a longtemps alimenté
une ridicule polémique entre libéraux et nationaux
et retardé l’avancement économique et
social du peuple haitien.
Au
troisième millénaire il nous faut jeter les
défroques du passé, faire peau neuve en concentrant
nos efforts sur nos capacités de production. Haiti
est le seul PMA de l’Hémisphère Nord.
Une telle étiquette devrait nous inciter à nous
dépouiller de certaines mesquineries tout en nous fixant
des objectifs beaucoup plus nobles afin de rattraper notre
retard. Soulever la question de couleur dans un contexte mondialisant
témoigne d’un vide idéologique abyssal.
Si
vers les années 1950, la question de couleur était
prioritaire, de nos jours la formule Noirs versus Mulâtres
ne peut faire aucune recette. Cette formule politique dévastatrice
est démodée comme les voitures à deux
temps et les camions à manivelle. Même les analphabètes
ne sont plus bêtes. Ils comprennent très bien
la formule diviser pour régner trop souvent utilisée
par nos politiciens en panne de leadership.
Les
lamentations du prophète sur le sort des pauvres ne
retiennent plus leurs attentions. Quant aux jeunes Haitiens
et aux jeunes Haitiennes qui grâce aux moyens modernes
de communication se frottent quotidiennement et indifféremment
avec les blancs, les jaunes , les rouges, ils ne comprennent
même pas de quoi parle Aristide.
Les
jeux sont très clairs aux yeux de tous. L’histoire
d’Haiti nous enseigne que tous les politiciens haitiens
qui ont agité la question de couleur sont atteints
du complexe de Guacanagaric.
Par
le phénomène des sons contraires ils ont tous
leurs femmes ou leurs maitresses mûlatresses . Par un
curieux paradoxe leurs fils ne suivent pas leur idéologie
noiriste et se retrouvent presque toujours sous les bras d’une
grimelle. Aristide ne fait pas exception à la règle.
Comment ose-t-il aiguiser la colère du peuple contre
les mulâtres , en présence de sa charmante femme
métisse.
En
tentant de relancer le conflit Noir/ Mulâtre aux Cayes,
Aristide a voulu reprendre le cri de Dessalines dans le Sud.
: "Et les Noirs dont les pères sont en Afrique
n’auront-ils donc rien". En associant couleur et
pauvreté Aristide cherche un second souffle pour redorer
son blason. Il a râté piteusement son tir car
les temps ont bien changé. Douze ans après avoir
lancé son discours anti-bourgeois qui avait fait recette
auprès des démunis aucun changement n’a
été produit. Au contraire du côté
des pauvres le nombre de poitrinaires a augmenté tandis
que du coté du gouvernement lavalas on compte des millionaires.
Poser
l’équation politique haitienne en termes de Noirs
versus Mulâtres est un exemple de crétinisme
parfait. Aristide vient de prouver qu’il ne suit pas
les moments de l’Histoire . Il est en retard de phase.Il
pense qu’il est le plus intelligent et tous les autres
sont des imbéciles. La nouvelle de sa colossale fortune
est diffusée dans toutes les couches sociales. Jean
Jacques Acaau disait déjà: Nèg rich se
mulatre, mulatre pauvre se Nèg.
Le
parallélisme épidermique dont parle Aristide
s’est complètement décalé avec
le temps. Les noirs et les mulâtres sont au même
diapason. Les deux subissent les conséquences funestes
de la dérive lavalassienne. Les deux ont perdu leurs
parts sociales dans les coopératives. Les deux sont
victimes de la barbarie des chimères. C’est pouquoi
son appel n’a eu aucun écho.
Depuis
quand la texture des cheveux et les nuances épidermiques
constituaient des critères de compétence. Ce
sont des arguments spécieux invoqués par les
acrobates de la politique haitienne pour nous jeter en pleine
confusion et dérober les deniers publics, au cours
de la cabale.
Que
les haitiens soient noirs ou mulâtres cela importe peu
car la matière est grise. Que leurs cheveux soient
graines de poivre ou soyeux, l’arithmétique politique
est toujours la même. Il nous faut des dirigeants politiques
bien imbus de leurs tâches . La formation académique
, l’expérience professionnelle, l’honnêteté
sont les seuls indicateurs valides.
Pourquoi
cette haine injustifiée et ridicule contre les mulâtres?
Pour réaliser l’indépendance d’Haiti
en 1804 le concours du Général Pétion
était indispensable. Les mulâtres et les noirs
ont construit ce pays et ont garanti son indépendance
pendant deux siècles en dépit des antagonismes
de classe. Pourquoi tisonner cette querelle moribonde qui
n’a aucun sens maintenant? Noirs et Mulatres sont en
train d’évoluer en parfaite harmonie dans tous
les compartiments de la société haitienne.
On
a toujours tendance à accuser les mulâtres de
détenir les richesses du pays . Mais , il est un fait
certain que certains métisses ont fait preuve d’une
culture entrepreunariale extraordinaire.Ils prospèrent
surtout dans le commerce et l’industrie tandis que la
bourgeoisie noire est plutôt une bourgeoisie de fonctionnaires.
Exception
faite de certains membres de l’élite noire qui
ont fait fortune dans l’Agriculture, les autres sont
presque tous des salariés. Des entrepreneurs noirs
de la trempe de Thomas Désulmé ne se recrutent
pas facilement au niveau de l’élite intellectuelle
haitienne majoritairement noire et beaucoup plus intéressée
aux postes de l’administration publique et aux fonctions
électives.
Comme
paysan de Port Salut Jean Bertrand Aristide connait mieux
que quiconque les mulâtres. Comme il l’a si bien
défini ce sont des gens à la peau claire et
aux cheveux de soie. Mais paradoxalement les mulâtres
de Port Salut sont pauvres . Ils s’adonnent à
la poterie, à la confection de cruches, de canaries,
de pipes en terre cuite.Ils tressent les cordes et s’intéressent
à la vannerie.
Pour
sa complète édification Jean Bertrand Aristide
n’a qu’à se rendre à Fond des Blancs
et à Casale pour rencontrer des paysans mulatres sans
aucune fortune . Ils s’adonnent comme tout le monde
aux travaux agricoles et aux affaires courantes. Associer
mulâtre à richesse et paysan à pauvreté
est une formule politique cannibale concue pour produire un
mélange détonnant afin d’ engloutir la
classe politique.
Dans
une hypothèse de développement économique
d’Haiti, ceteris paribus, il faut initier les jeunes
Haitiens sans exclusive à l’esprit d’entrepreneurship
en orientant leur formation dans le sens d’une économie
de l’éducation. Il faut changer le curriculum
de l’école haitienne qui ne produit que des intellectuels
au bec fin et des politiciens sans aucune envergure ni surface.
Ils
connaissent la littérature francaise mieux que les
Français et l’Histoire de la Rome antique davantage
que les Italiens. Ils apprennent les mathématiques
sans jamais s’en servir en dehors des calculs élémentaires
comme l’addition, la soustraction, la multiplication
et la division. Il leur faut des connaissances mieux adaptées
aux besoins du marché des biens et des services.
La
question de couleur qui a entrenu des conflits larvés
entre Noirs et Mulatres en Haiti pendant deux siècles
par le truchement de politiciens en quête d’un
tremplin pour lancer leurs campagnes est aujourd’hui
dépassée.
Cette
discrimination épidermique engonce la machine du développement
économique. Ce discours est surtout privilégié
par des orateurs à cours d’argument mais en quête
de sensationnel. A l’ère de la mondialisation
où même l’économie devient virtuelle,
colorer la gestion politique d’Haiti témoigne
d’un nainisme mental et d’un infantilisme intellectuel
sans pareil.
Il
nous faut éclater cette structure mentale régressive,
sortir des sentiers battus afin d’écrire une
nouvelle page d’Histoire. Pour construire le chantier
de l’espoir il nous faut l’apport de tous les
fils de la nation sans exception aucune. Il nous faut emprunter
aux abeilles leur éclectisme afin de transformer Haiti
en une véritable ruche bourdonnante. En nous inspirant
de Saint Simon nous conseillons aux frelons de s’abstenir
car la question de couleur est définitivement dépassée.
Email:
moun@moun.com |