L’homme propose et Dieu dispose! Si
les proverbes ont perduré pendant des siècles,
il faut croire que leur sagesse est inhérente et commune
à l’humanité tout entière. S’il
est vrai que le coup d’état de septembre 1991
a fait beaucoup de morts, il est certain qu’il a sauvé
la vie de beaucoup de personnes qui ne soupçonnaient
pas le danger auquel ils étaient exposés. Jean-Raphael
Dufour a-t-il le droit de garder au Quai d’Orsay les
documents contenant les détails du massacre planifié
par Jean-Bertrand Aristide contre toute une partie de la population
: « à sacrifier » selon son
projet macabre? Aristide a-t-il le droit de traiter
les autres d’assassins alors qu’il en est le
Grand Chef ?
Aujourd’hui, ce même Aristide, après 15
années d’échec d’une politique et
d’une mentalité anachroniques promet de nous
faire voir minuit à midi s’il doit partir. L’homme
propose et Dieu dispose ! Car Aristide a non seulement trahi
la confiance de tout un peuple mais encore, il eu l’outrecuidance
d’utiliser le nom du Dieu vivant pour arriver à
ses fins. Aussi, les hommes font leurs efforts dans la mesure
du possible mais Aristide a affaire à la puissance
divine et, de ce fait, sa déchéance ne fait
aucun doute.
Il faut cependant élever le débat et, pour
une fois, éviter les actes de sauvagerie sans nom qui
suivent invariablement le départ d’un régime
honni. Le supplice du Père Lebrun doit être banni
une fois pour toutes et quelles que soient les circonstances,
ceux qui en ont fait usage pré ou post-Aristide doivent
recevoir une leçon. Après le départ de
Jean-Claude Duvalier, les haïtiens de partout ont assisté
aux lynchages et autres excès barbares avec un cynisme
inconcevable pour les gens civilisés et il est choquant
et triste que pas une voix ne se soit élevée
contre ces actes inqualifiables.
Dans son discours à la population des Cayes hier,
un Aristide devenu fou furieux a agité encore une fois
le spectre de la lutte des classes et de couleur vieille de
200 ans. Nous citons Radio Métropole : «
Ou se peyizan , ou se malere , ou gen menm koulè avè'm,
yo pa renmen 'w, cheve' w grenn menm jan avè'm , yo
pa renmen'w, pitit ou pa pitit gwo zotobre , yo pa renmen'w
..." ( Vous êtes paysan, vous êtes
pauvre, vous avez la même couleur (noire) d'épiderme
que moi, vous avez des cheveux de petit nègre comme
moi, on ne vous aime pas, vos enfants ne sont pas ceux des
nantis , on ne vous aime pas ...), déclare M. Aristide
à plusieurs milliers de ses partisans en présence
de son épouse au teint clair . Dans ce discours, le
Président de la République a également
assimilé aux ennemis du peuple ceux qui réclament
sa démission. " Lè
yo pa respekte volonte pèp la se paske yo gen anpil
prejije pou ou, sa kap fèt la, se pa yon konplo kont
prezidan Aristide, se yon konplo kont pèp la, se pèp
ayisyen an yo pa renmen ... (Les préjugés
à votre endroit expliquent leur non respect de la volonté
populaire, ce qui se passe aujour'hui, ce n'est pas un complot
contre le Président Aristide mais un complot contre
le peuple haïtien qu'ils n'aiment pas...), poursuit M.
Aristide qui s'en est pris aux politiciens partisans du coup
d'Etat. Le chef de l'Etat a réaffirmé qu’il
ira au terme de son mandat de cinq (5) ans. »
Ce discours, digne d’un Papa
Doc revu et corrigé, le place encore une fois
dans le rôle qu’il veut vendre, celui de défenseur
des droits du peuple. Les étudiants malmenés
à Petit-Goâve sont-ils donc des nantis et des
mulâtres ? Le petit peuple qui crie : « A bas
la faim » a-t-il une couleur claire? Le bourgeois qui
n’arrive pas à payer la scolarité de ses
enfants est-il préoccupé par sa classe ou sa
couleur ? Ces petites manœuvres de manipulateur sans
vergogne sortant de la bouche d’ un individu mesquin,
assoiffé de sang, d’ argent et de pouvoir nous
porte à le citer encore une fois: «
Fwa sa a konplo a pap pase. » Car il ne s’agit
pas ici de classe, ni de couleur, mais plutôt de l’
indécence d’ un gouvernement-sangsue
qui n’a apporté que la haine, la division, la
faillite de tout un pays et qui refuse malgré tout
de lâcher sa proie qui est Haïti et son peuple.
Eloignons-nous donc une fois pour toutes de cette violence
aveugle qui nous fait passer pour des sauvages inhumains aux
yeux du monde. L’exil étant défendu par
la Constitution, il faudra respecter ses prescrits. La justice
haïtienne doit être remise sur ses rails afin de
juger tout individu présumé coupable de crimes
et de pillage des deniers du peuple. Ne répétons
pas l’erreur du fameux Article 291 en écartant
toute une classe de gens incluant des valeurs utiles au pays
pour avoir cru en Aristide jusqu’à un certain
point.
Aristide doit avoir le même sort que Milosevic et être
jugé par la Cour de Justice Internationale pour crimes
contre l’humanité et ceux qui ont des comptes
à rendre au peuple haïtien devront répondre
par devant la justice haïtienne de leur comportement
inqualifiable.
Pour une fois, agissons en tant que peuple civilisé
et éloignons-nous de la violence qui jusqu’à
date n’a apporté que la malédiction et
le déshonneur sur un pays que nous prétendons
chérir.
Mona Saint-Michel
Une haïtienne qui aime son pays
Yaoundé–Cameroun
5 décembre 2002